Le plus grand Architecte de tous les temps est Musulman 15/04/2013 – Publié dans : Figures de l'islam – Étiquettes : , ,

L’histoire de l’islam est remplie d’architectes de génie. Certains des plus grands monuments de la planète sont le produit de musulmans qui voulaient construire de magnifiques structures montrant la grandeur de l’Islam à travers le temps. Le Dôme du Rocher à Jérusalem, l’Alhambra de Grenade en Espagne, la Mosquée Bleue à Istanbul en Turquie sont autant d’exemples de cette si belle et chère tradition architecturale.

Le plus grand architecte et le plus influent de tous les temps fut sans aucun doute le maître d’architecture ottoman Mimar Sinan, qui vécut de 1489 à 1588.

Il vécut à l’apogée de l’Empire ottoman, sous les règnes des sultans Selim I, Sulayman, Selim II et Murad III. Pendant cette période, l’horizon emblématique d’Istanbul fut changé à jamais, grâce aux splendides ajouts des grands sultans par l’intermédiaire de Mimar Sinan. Ses œuvres figurent aujourd’hui parmi les plus grands symboles de l’islam, plus de 400 ans après sa mort.

Jeunesse de Mimar Sinan

Mimar était le fils d’un Grec ou d’un Arménien converti à l’islam, prénommé Abd al-Mannan. Il rejoignit le corps d’élite de l’armée ottomane, les Janissaires lorsqu’il fut jeune homme, comme le fit son père avant lui. Au sein des Janissaires, il démontra un talent précoce en tant qu’ingénieur. Il gravit les échelons, et devint officier dans l’armée, et participa à de nombreuses campagnes militaires sous les sultans Selim et Sulayman. Alors que les armées ottomanes se déployaient pour de nouvelles extensions en Europe, en Afrique et en Perse, Sinan alla avec eux, en organisant le corps des ingénieurs de l’armée, ainsi que la construction de mosquées et d’autres bâtiments civils dans les nouvelles villes ottomanes. En 1538, ses talents ne pouvaient plus être ignorés plus longtemps, et on lui confia un poste à la tête des architectes du gouvernement du sultan à Istanbul.

Début de ses travaux

Le joyau de l’architecture intemporelle d’Istanbul à cette période était la basilique Sainte-Sophie. Elle fut construite en tant qu’église en 537 par les Byzantins et fut convertie en mosquée après la conquête de la ville par Mehmed II en 1453. Dès lors, les architectes ottomans utilisèrent le dôme géant de Sainte-Sophie comme un modèle dans leur façon de concevoir les mosquées. Les mosquées ottomanes sont donc basées sur une prémissse, celle d’avoir un dôme géant central recouvrant une salle de prière principale, et soutenu par de nombreuses demi-coupoles sur ses côtés. Cela augmenta considérablement la taille de la mosquée et sa capacité. Malgré les nombreuses tentatives à travers les décennies d’atteindre le niveau de la basilique Sainte-Sophie en taille et en beauté, aucun architecte n’avait pu accomplir un tel exploit. Mimar Sinan se donna comme objectif de construire un monument pour l’islam qui dépasserait en magnificence l’épique Sainte-Sophie.

Sinan avait beaucoup d’expérience dans la conception de bâtiments. Il commença sa carrière en construisant des mosquées plus petites à travers l’empire. Il construit la mosquée Khusruwiyah à Alep, en Syrie, en 1547, qui reste aujourd’hui comme un point de repère dans cette ville. Il rénova également la mosquée de l’imam Abou Hanifa à Bagdad, et la mosquée de Jalal ad-Din al-Rumi à Konya. Tous ces projets permirent à Sinan de consolider sa formation en architecture et en ingénierie, et lui donnèrent aussi les compétences dont il aurait besoin lorsqu’il commencerait à construire de plus grands monuments à la gloire de l’Islam.

Les mosquées Sehzade et Suleymaniye

Mosquée de Sehzade

En 1543, l’un des fils de Sultan Suleyman, le prince Mehmed, mourut de la variole à l’âge de 21 ans. Suleyman insista pour que l’on construise une grande mosquée en son honneur, qui servirait à la communauté locale d’Istanbul. Ce fut la première occasion pour Sinan de construire une grande et monumentale mosquée. Au cours des quatre années suivantes, Sinan travailla sur ce qui portera le nom de Mosquée Sehzade (« la mosquée du Prince »), dans le centre d’Istanbul. Quand elle fut achevée, elle devint un point de repère important de la ville ainsi que l’une de ses principales mosquées. Mais elle ne fut pas seulement une mosquée : c’était un complexe (külliye) qui avait une école,  une écurie, une soupe populaire pour les pauvres, un endroit où dormir pour les voyageurs, une imprimerie ainsi que le tombeau du prince Mehmed. Le Sultan Sulayman fut enchanté par cette mosquée. Mais Sinan ne considérait pas ce travail comme un chef-d’œuvre, et insista sur le fait qu’il pouvait faire mieux.

Mosquée Sehzade, Istanbul (Wikipedia)

Mosquée de Sulaymaniye.

La deuxième mosquée majeure que Sinan eut en charge fut une mosquée destinée à Sulayman lui-même. Sulayman voulait à Istanbul une autre mosquée grandiose qui porterait son nom, afin qu’il puisse accumuler les bonnes actions des musulmans qui y prieraient, même longtemps après sa mort. Il voulait que ce soit un élément central du paysage d’Istanbul, montrant la suprématie et la gloire de l’Islam. Ils choisirent un site au sommet d’une colline près de la Corne d’Or, où elle pourrait ainsi être repérée à des kilomètres à la ronde. Il fallut sept ans pour construire cette mosquée. La légende veut qu’après que les fondations furent posées et avant que le bâtiment ne commence à s’ériger, Sinan disparut pendant cinq ans. Furieux, Sulayman exigea de savoir ce qui était arrivé à son architecte favori. Après cinq ans, Sinan revint à Istanbul et expliqua que le bâtiment serait si massif que les bases avaient besoin de s’installer dans le sol pendant cinq ans, avant de pouvoir commencer à construire au-dessus.

Lorsque la mosquée fut achevée en 1557, elle fut considérée comme un véritable chef-d’œuvre. Aucune autre mosquée à Istanbul n’avait l’espace intérieur, la hauteur ou les détails complexes de la Mosquée de Sulaymaniye. Ses quatre minarets minces et de grande taille, et sa coupole de plus de 50 mètres représentaient  réellement une hauteur inédite dans l’architecture et l’ingénierie. Un complexe encerclait la mosquée, qui comprenait un hôpital, des bains publics, une bibliothèque (encore en usage aujourd’hui), une soupe populaire, de nombreuses écoles d’enseignement du Coran, une école pour l’apprentissage du Hadith et une école primaire pour les enfants. Enfin,  un cimetière, où est enterré le sultan Sulayman, faisait également partie du complexe.

Mosquee Suleymaniye

Mosquée de Sulaymaniye

Intérieur de la mosquée Sulaymaniye

A l’intérieur, des arcs avec une alternance de couleurs rouges et blanches n’étaient pas sans rappeler l’architecture de l’Espagne musulmane, qui à ce moment-là n’était plus qu’un souvenir. Un lustre géant était accroché au centre de la mosquée, juste au-dessus des têtes des fidèles. Dans un souci d’écologie et de conservation, Sinan installa des fenêtres spéciales dans la mosquée : elles avaient sur elles un écran qui piégeait la suie qui s’échappait des bougies qui éclairaient la mosquée. Ainsi, la suie n’encrassait pas l’air extérieur, et pouvait même être transformée en encre pour être utilisée par les calligraphes.

L’intérieur est exempt des motifs complexes de certaines autres mosquées d’Istanbul, et est magnifique par sa simplicité tout en restant élégant. La cour de la mosquée avait des carreaux d’Iznik qui s’enroulent tout autour d’elle, affichant Ayat al-Kursi, l’un des versets du Coran. Tous les artistes de l’époque y contribuèrent.

Cependant, malgré la beauté et la magnificence de cette mosquée, Sinan continuait de croire qu’il pouvait faire mieux…

Début de ses chefs-d’œuvres

Lorsque Sulayman mourut en 1566, son fils et successeur, Sélim II, voulut lui-aussi une mosquée construite en son nom. L’emplacement ne serait pas Istanbul, mais la ville d’Edirne, à environ 200 kilomètres. En dépit de son âge avancé (70 ans) lorsque la construction débuta, Sinan fut déterminé à dépasser les dimensions de la basilique Sainte-Sophie. Quand la mosquée a été achevée en 1574, il avait finalement atteint son but.

Selon son autobiographie, Sinan considérait la Mosquée SELIMIYE comme son chef-d’œuvre. Elle avait les plus hauts minarets du monde en ce temps, chacun atteignant 80 mètres. Le dôme fut construit sur une base octogonale, lui permettant ainsi d’atteindre de nouveaux sommets qui dépassèrent les dôme de la basilique Sainte-Sophie. Bien que certains aspects de la mosquée Selimiye sont similaires à la Suleymaniye, les travaux furent plus grands que tous les travaux précédents de Sinan avec un grand dôme qui semble se lever sur lui-même sans le soutien de piliers bas ou de semi-coupoles. Il ne reste aujourd’hui que le principal point de repère d’Edirne, en Turquie, et un chef-d’œuvre de réalisation architecturale qui n’a jamais été égalé.

mosquee selimiye

Mosquée Selimiye

Dôme de la mosquée Salimiye

Durant sa vie, il construisit certains des plus grands monuments que l’Empire ottoman ait connus. Néanmoins, l’impact qu’il eut sur le monde musulman n’était pas seulement limité aux mosquées gigantesques qu’il construites :

En 1553, il fut chargé de résoudre le problème de l’eau à Istanbul. Il se mit à la recherche de nouvelles sources d’eau. Les travaux de construction des nouvelles installations furent entamés en 1554 et terminés en 1560. Il a réalisé un réseau de quarante fontaines,  d’une longueur de plus de cinquante kilomètres, pour l’alimentation duquel il a dû construire des digues fluviales, des tunnels, des canaux et deux aqueducs, près d’Istanbul. Ce projet, pour la maîtrise de l’eau, était si important aux yeux de Soliman qu’il y a affecté un budget de quarante-trois millions en monnaie d’argent, presque équivalent à ce qui avait été dépensé (cinquante-trois millions) pour le complexe de Suleymaniye.

Mimar Sinan accordait autant d’importance à ses ponts qu’à ses autres travaux. Il était fier du Pont de Buyukçekmece, d’une longueur de 635,50 mètres et qui est aussi parfait que solide. C’est également lui qui, entre autres, jeta sur le Cekmeçe, les vingt-huit arches du pont de la voie impériale reliant Erdine à Istanbul, ou encore construisit le Pont de Visegrad sur la Drina,  (en actuelle Bosnie-Herzégovine)

Une vieillesse active

En 1580, il édifie la mosquée Chemsi Pacha d’Uskudar, sur la rive asiatique du Bosphore.

En 1584, la sultane Nur-u-Banu, épouse du sultan Selim II et mère du Sultan Murad III, fait construire à Istanbul, suivant un plan conçu par Mimar Sinan, le Hammam de Cemberlitas, considéré comme l’un des plus importants ouvrages de l`architecture ottomane du XVI ème  siècle.

En 1586, à l’âge respectable de 97 ans, il entreprend la construction de ses deux dernières mosquées : la mosquée Mesih Mehmet Pacha et la mosquée Molla Tchelebi de Findikli, qu’il ne pourra voir achevées.

Au total, au cours de sa longue carrière, Sinan et son équipe ont réalisé plus de 350 constructions :

  • 84 grandes mosquées ;
  • 52 Mussallas, petites mosquées sans minaret ou salles de prière ;
  • 57 Madrassa ;
  • 7 écoles coraniques;
  • 17  hospices ou maisons d’accueil pour les déshérités ;
  • 20 caravensérails ;
  • 35 palais et manoirs; 
  • 6 magasins ;
  • 48 hammams (bains publics et installations thermales) ;
  • 3 hôpitaux;
  • 7 aqueducs;
  • 8 ponts.

Mimar Sinan décéda en 1588 à l’âge de 98 ans. Il fut enterré dans le cimetière de la mosquée de Sulayman le Magnifique, près de son plus grand patron, le sultan Sulayman.

Un pieux serviteur

Malgré le génie de son œuvre et le rang social dont il bénéficiait en étant, tout au long de sa vie, très proche de la famille impériale, Sinan avait un comportement pieux et modeste. Il avait conscience du danger ravageur de l’arrogance et de l’égocentrisme auxquels sont souvent exposés les esprits créatifs.

Et ceci est clairement visible sur son sceau, sur lequel il a marqué le mot  fakir qui veut dire « pauvre, humble« , en haut et en gras, bien lisible alors qu’on peine à déchiffrer son nom au milieu, ou sa profession « Mimar » qui veut dire architecte.

Sceau de Sinan. Au dessus de son nom, est mentionné : الفقير سنان معمار

ce qui veut dire: « l’humble, le démuni Sinan architecte »

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